Récit d’entrepreneure – Cette section du blogue est dédiée à l’écriture du livre autobiographique de notre présidente fondatrice, France Longpré. À travers une série d’articles, elle partage les grandes étapes de son parcours entrepreneurial, qui a franchi le cap des 20 ans en 2024. Elle pose un regard actuel sur les moments marquants, les apprentissages et la croissance – personnelle comme organisationnelle – qui ont façonné son chemin. Une invitation sincère à inspirer les entrepreneures d’aujourd’hui… et de demain.
Quand la vie m’oblige à m’arrêter : la vérité derrière un appel d’offres perdu
Parfois, j’ai besoin de mettre des mots sur ce que je vis. Pas pour convaincre qui que ce soit. Pas pour me justifier. Simplement pour laisser sortir ce qui pèse, pour redonner un sens à ma trajectoire et transformer un coup dur en tremplin.
Cette dernière année, je n’ai pas pris de vacances. Pas un seul vrai moment de pause. J’ai tout donné à un appel d’offres que j’attendais depuis des années. Je rêvais de ce moment comme on rêve d’une porte qui, une fois franchie, change la destinée d’une entreprise.
On me répétait : « France, il faut être ISO 27001, la sécurité doit être impeccable. » J’ai écouté. Je me suis engagée. Et j’ai avancé sans compromis.
ISO 27001 en moins de deux mois. Un exploit que peu d’organisations réussissent à ce rythme. J’y ai mis du temps, mes économies, des rénovations majeures, des processus renforcés, des formations, du cœur. Tout cela pour être prête, solide, exemplaire.
Puis le téléphone a sonné.
« Bonjour Mme Longpré, vous n’avez pas été retenue. »
Le monde s’est figé. J’ai senti une douleur sourde, profonde, comme si on m’annonçait une maladie incurable. Oui, j’ai eu mal. Oui, je me suis dit : « Ben voyons… je donne un travail de qualité depuis 2004. Qu’est-ce que je n’ai pas fait de correct? » C’est humain de douter, même quelques secondes.
Autour de moi, les gens me disaient : « France, demande un post mortem. Demande pourquoi. Va chercher des explications. » Et j’ai répondu : non.
Pas par orgueil. Par lucidité. Parce que je sais ce que nous valons.
Parce que je sais que cette décision ne définit ni mon entreprise ni ma vision. Parce que je sens profondément que si nous n’étions pas retenus cette fois-ci, c’est que nous sommes destinés à autre chose.
À d’autres mandats. À d’autres portes. À un autre niveau de croissance qui n’aurait peut-être pas été possible avec ce contrat-là.
Mais avant de raccrocher, il m’a dit une phrase qui n’a pas quitté mon esprit : « Madame Longpré… vous avez commencé dans votre maison. »
Sur le coup, je ne savais pas comment l’interpréter. Et puis c’est devenu clair.
Steve Jobs a commencé dans son garage. Walt Disney dans un petit bureau improvisé. Les grandes histoires naissent dans l’ombre, dans le quotidien, dans les endroits les plus ordinaires… pour devenir extraordinaires.
Alors oui, j’ai commencé dans ma maison. Et ça veut dire quoi?
Ça veut dire que je suis une bâtisseuse. Que rien ne m’a été donné. Que tout ce qui existe aujourd’hui a été créé de mes mains, de ma vision, de ma résilience. Ça veut dire que ma force vient justement de ce point de départ simple, humain, vrai.
En entendant cette phrase, j’ai réalisé que ce refus ne m’enlevait rien. Il me rappelait au contraire d’où je viens et où je vais. Je choisis de voir cet événement comme une étape. Une secousse qui me ramène à l’essentiel. Une preuve que je continue d’avancer, même quand la route se transforme.
« Je choisis de transformer la douleur en moteur, la déception en direction, le doute en confiance renouvelée. »
Parce qu’au fond, cette histoire n’est pas celle d’un appel d’offres perdu. C’est celle d’une femme et d’une équipe qui construisent quelque chose de plus grand que n’importe quel contrat : une entreprise solide, humaine, audacieuse, et destinée à aller beaucoup plus loin.
Et si une porte s’est fermée… ce n’est pas pour nous empêcher d’entrer. C’est simplement pour nous guider vers celle qui est faite pour nous.
Et honnêtement, après une année aussi intense, aussi exigeante, aussi transformatrice, je pense que je vais enfin m’accorder une semaine de vacances d’ici la fin de l’année.
Juste pour respirer.
Juste pour me retrouver.
Juste pour revenir encore plus forte.